ROMAIN SARDOU MONSIEUR LE PRÉSIDENT
C'est Romain Sardou qui présidera le jury du prix Carrefour du premier roman en 2009. Après un premier roman remarqué, publié à 28 ans, il n'a cessé d'accroître le nombre de ses lecteurs via ses thrillers médiévaux ou contemporains et ses contes de Noël. Il nous éclaire sur la manière dont il aborde son rôle de président.
Vous êtes en pleine écriture de votre prochain livre. Qu'est-ce qui vous a donné l'envie d'accepter cette présidence de jury ?
Romain Sardou : Ce qui me plaît beaucoup, c'est que c'est un prix de premier roman, l'idée de pouvoir aider un livre à se faire connaître et la curiosité de voir ce qui peut sortir aujourd'hui comme premiers romans. Le principe des prix littéraires est souvent plus obscur. Il s'agit parfois de renvoyer des ascenseurs. Ce n'est pas le cas avec les premiers romans. J'aime l'idée d'aider quelqu'un qui démarre.
Le fait que le jury soit composé pour moitié de lecteurs mêlés à des écrivains, changeant chaque année, ce n'est pas neutre non plus…
C'est idéal. C'est une formule que je trouve très réussie.
Vous êtes issu d'une longue lignée d'artistes, chanteurs, comédiens. Vous auriez pu être acteur ou musicien à votre tour. Comment la littérature l'a-t-elle emporté ?
On peut dire une famille de saltimbanques ! Le théâtre m'a toujours beaucoup attiré, mais c'était surtout du côté de l'écriture. J'aurais beaucoup aimé écrire pour le théâtre, mais j'ai eu beau essayer pendant des années, j'avais un problème de temps. Tous les personnages ou les histoires que j'arrivais à développer ne tenaient pas dans deux heures sur scène. Je me retrouvais chaque fois avec une accumulation de rebondissements et de personnages qui faisait que ce n'était pas viable. J'ai mis un certain temps à m'apercevoir que mon imagination était plus formée pour le roman que pour le théâtre.
C'est donc une envie de théâtre qui s'est transformée en littérature ?
Oui, absolument. C'est via mon amour de l'opéra et du théâtre que j'ai découvert l'histoire et la littérature. C'était des pièces de théâtre qui étaient le plus souvent adaptées par les compositeurs pour faire des opéras. À 13 ans, j'étais déjà déterminé et convaincu que je serai auteur de théâtre et j'avais vu que toutes les pièces qui me plaisaient étaient inspirées de l'histoire du XIXe siècle ou de romans de cette même époque. C'était ce genre de théâtre un peu spectaculaire qui me plaisait et donc, au début, je me suis intéressé à l'histoire en me disant que j'allais y trouver des idées, des personnages ou des moments à mettre sur scène. Toute ma curiosité de jeunesse était une curiosité un peu opportuniste d'une certaine manière. Je cherchais toujours ce qui pourrait être un matériau de travail. C'est comme cela que j'ai découvert l'histoire et que j'en suis venu à m'intéresser beaucoup plus au Moyen Âge qu'au reste et à écrire un roman : Pardonnez nos offenses.
Quel a été le chemin de ce premier livre jusqu'à sa publication en 2002 ?
Je l'avais commencé en 2000. Au début, c'était une pièce de théâtre. Mais je tournais en rond et c'est ma femme qui m'a suggéré de l'écrire d'abord de manière narrative et de voir ensuite ce que je mettrai sur scène. Sans penser tout de suite que ce serait un roman, je me suis laissé emballer par ce type de narration. À la fin de ce premier roman, je me suis aperçu que j'avais plein d'éléments de l'époque que j'aurais pu faire entrer dans le livre, mais qui n'y avaient pas leur place. De fil en aiguille j'ai réussi à isoler plusieurs sujets fondamentaux de cette époque-là et je me suis dit que je pourrais faire un livre relatif à chacun de ces thèmes. Cette série devrait compter neuf livres.
Vous portez un nom connu. Ça vous a aidé à trouver un éditeur ?
C'est là que je ne suis pas mécontent de présider un jury de premier roman, qui va mettre un coup de projecteur sur quelqu'un qui n'a pas eu toutes les facilités que j'ai eu la chance d'avoir. J'avais un nom qui faisait que pour rencontrer des éditeurs, pour faire publier le livre et pour en faire parler à sa sortie, j'ai gagné un temps exceptionnel par rapport à un livre de quelqu'un de pas connu du tout. Il y avait une curiosité qui n'était pas liée au livre mais plus à mon nom. Elle a aidé à faire connaître le livre, à le lancer. Le grand drame des premiers romans qui se publient, c'est que personne ne sait qu'ils existent. Trop souvent, le public qui recherche ces livres-là n'a jamais su qu'ils existaient. J'ai eu un coup de pouce gigantesque.
Être « fils de » présente donc quelques avantages pour être publié. Mais on vous attendait d'autant plus au tournant, non ? Vous aviez tout à prouver…
Et c'était légitime ! À partir du moment où vous avez un petit coup de pouce d'un côté, c'est normal qu'on soit un peu plus exigeant ou sourcilleux sur ce que vous faites. Franchement, quand le premier livre est sorti, je pensais que j'allais me faire détruire par la critique. Et finalement, ça a été assez calme. Je n'ai pas encore eu ce revers de médaille. Peut-être parce qu'on ne s'attendait pas à ce que je m'occupe d'histoire, de Moyen Âge, et que ça a un peu surpris… J'aime cette époque.
Quels ont été vos auteurs de jeunesse, et ceux d'aujourd'hui ?
Ceux qui me fascinent sont toujours les Dickens, Stevenson, Dumas, Melville… C'est vraiment la grande littérature d'évasion. Sortir le lecteur de son quotidien pour l'amener vers quelque chose d'improbable, c'est un peu ce que j'essaye de faire, donc j'en reviens à mes maîtres qui sont ceux que j'ai découverts entre 13 et 16 ans et que je relis souvent. Je m'émerveille du talent et de l'habileté de Walter Scott à chaque relecture.
Quels sont les critères qui vont guider vos préférences parmi les premiers romans sélectionnés ?
Je vais essayer justement de faire en sorte que ce ne soient pas que mes préférences qui entrent en compte. Sinon, on ne va chercher que des romans d'aventure… D'une certaine manière, je lis assez peu ce qui s'écrit aujourd'hui. Je suis plutôt dans mes livres d'histoire. Je suis donc très content et curieux de voir et d'être surpris par des choses auxquelles je ne m'attends pas du tout.
Vous allez plutôt chercher un bon livre ou le germe d'un auteur ?
Nous verrons. Ça dépendra des livres qu'on nous soumettra. Ça se sent assez vite généralement quand un auteur a plus de choses à dire que ce qu'il a mis dans son livre. Ça va être intéressant aussi d'avoir dix avis différents dans le jury. Je suis un lecteur aussi. Je pars donc sans idées préconçues ; je ne cherche rien. J'attends d'être surpris. Il y a une phrase que j'aime bien de Romain Rolland, qui séparait en deux les spectateurs de théâtre ou de cinéma, les auditeurs de musique ou les lecteurs de romans : « Il y a les gens qui instinctivement viennent au théâtre, ouvrent un livre, ou entrent dans une salle de cinéma avec l'envie d'aimer ce qu'ils vont voir ; ils seront peut-être déçus ; il y a un autre type de lecteurs ou de spectateurs qui entrent avec l'idée qu'ils vont juger ce qu'ils vont voir. » Ces deux types de public sont très différents et il est rare que l'un passe à l'autre ou change de camp. Moi, je fais intrinsèquement partie des premiers. J'ai envie d'être agréablement surpris, pas d'aller juger pour sanctionner. J'espère que les lecteurs viendront avec leurs coups de coeur et non pas leurs coups de mou.
Propos recueillis par Thierry WAGNER
Repères
1974 : naissance à Boulogne-Billancourt. Fils du chanteur Michel Sardou et d'Élisabeth Haas. Vit aujourd'hui entre la Suisse (Neuchâtel) et la Floride (Miami)
2002 : premier roman, Pardonnez nos offenses (XO), plus de 300 000 exemplaires vendus à ce jour, seize traductions, thriller médiéval
2004 : L'Éclat de Dieu (XO), roman autour du temps
2005 : Une seconde avant Noël (XO), conte de Noël pour ses enfants
2006 : Personne n'y échappera (XO), thriller contemporain. Sauver Noël (XO), deuxième conte de Noël
2008 : Délivrez-nous du mal (XO)
SITE OFFICIEL : www.romainsardou.com
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